Back to Top

Carnets d'IASS

Le banc
Il tournait autour de son banc, l’air un peu désorienté. De près, on comprenait mieux. Qu’il ne devait pas bien savoir où il était, ni ce qu’il y faisait. Il avait cet air que l’on a quand on cherche quelque chose, quelque chose de perdu. Il s’est baissé pour caresser le chien, avec un sourire, timide, au travers de son air vague. Avant de retourner vers son banc, enfin celui qu’il croyait être le sien. Et de regarder d’un côté, puis de l’autre. En dessous aussi. Mais pourtant, rien sur ce banc. À travers les volutes d’alcool, la panique qui gagne les rares neurones encore en mesure de formuler un raisonnement plus ou moins logique. “Mon sac. Ils m’ont pris mon sac”Et de continuer sa recherche méthodique, de poche en poche. Pantalon, devant, derrière. Veste. À l’interieur puis a l’exterieur. Mais non, rien.“Mon portefeuille.”On a tous connu ces moments de solitude, l’esprit qui passe en surchauffe à énumérer les conséquences. Les emmerdes qui s’empilent, les papiers à refaire. Perdus. Ça n’a duré qu’une minute. Pas plus.Mais c’est long, une minute, quand on ne sait pas où se mettre. Le prétexte de la promenade de santé canine comme une excuse parfaite pour reprendre son chemin, laissant là ce pauvre type, ivre, perdu et sans ses affaires. Continuer, jusqu’au banc suivant. Ou reposent, nonchalamment, les précieuses possessions du passant. Sa casquette, d’abord, mais aussi son tabac à rouler et son portefeuille. Posée par terre à côté, une bouteuille en plastique, sûrement pas la premiere de la journée. Mais qu’importe le vin, non ?Rien ne ressemble plus a un banc public qu’un autre banc public.Je l’appelle. Sans succès. Reviens sur mes pas, pour le lui dire, qu’elles sont là, ses affaires. Il lève la tete, puis court presque pour aller voir. Soulagement. Et puis, comme ca, sans prevenir, il me prend dans ses bras. Longtemps. C’est toujours étrange, tenir un parfait inconnu dans ses bras.Il paraît que je suis formidable.

Le banc

Il tournait autour de son banc, l’air un peu désorienté. De près, on comprenait mieux. Qu’il ne devait pas bien savoir où il était, ni ce qu’il y faisait. Il avait cet air que l’on a quand on cherche quelque chose, quelque chose de perdu. 
Il s’est baissé pour caresser le chien, avec un sourire, timide, au travers de son air vague. Avant de retourner vers son banc, enfin celui qu’il croyait être le sien. Et de regarder d’un côté, puis de l’autre. En dessous aussi. Mais pourtant, rien sur ce banc. À travers les volutes d’alcool, la panique qui gagne les rares neurones encore en mesure de formuler un raisonnement plus ou moins logique. 
“Mon sac. Ils m’ont pris mon sac”
Et de continuer sa recherche méthodique, de poche en poche. Pantalon, devant, derrière. Veste. À l’interieur puis a l’exterieur. Mais non, rien.
“Mon portefeuille.”
On a tous connu ces moments de solitude, l’esprit qui passe en surchauffe à énumérer les conséquences. Les emmerdes qui s’empilent, les papiers à refaire. Perdus. 
Ça n’a duré qu’une minute. Pas plus.
Mais c’est long, une minute, quand on ne sait pas où se mettre. Le prétexte de la promenade de santé canine comme une excuse parfaite pour reprendre son chemin, laissant là ce pauvre type, ivre, perdu et sans ses affaires. Continuer, jusqu’au banc suivant. Ou reposent, nonchalamment, les précieuses possessions du passant. Sa casquette, d’abord, mais aussi son tabac à rouler et son portefeuille. Posée par terre à côté, une bouteuille en plastique, sûrement pas la premiere de la journée. Mais qu’importe le vin, non ?
Rien ne ressemble plus a un banc public qu’un autre banc public.
Je l’appelle. Sans succès. Reviens sur mes pas, pour le lui dire, qu’elles sont là, ses affaires. Il lève la tete, puis court presque pour aller voir. Soulagement. Et puis, comme ca, sans prevenir, il me prend dans ses bras. Longtemps. C’est toujours étrange, tenir un parfait inconnu dans ses bras.
Il paraît que je suis formidable.

5 notes
  1. aromo reblogged this from carnetsdiass
  2. carnetsdiass posted this